La Croix | Festival de Théâtre biblique

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Genèse de Pierre Grandry

J.-J. Pinard/Festival de Théâtre biblique

Genèse de Pierre Grandry

Cette manifestation œcuménique, qui reçoit 6 000 spectateurs tous les deux ans, se caractérise par une authentique démarche de qualité dans le choix des artistes.

Reconnu sur le plan national, le festival a encore du mal à convaincre l’ensemble des chrétiens d’Auvergne de sa démarche missionnaire.

Les applaudissements crépitent déjà dans la salle quand Chyc Polhit Mamfoumbi conclut son ébouriffante prestation d’un discret « amen ». Avec ses cheveux en suspension sur le crâne, sa générosité aussi débordante que son physique de rugbyman et son aisance verbale vertigineuse, ce conteur d’origine gabonaise venu de Nancy vient de susciter l’adhésion générale avec un spectacle… sur la Genèse. Une version toute personnelle de la rencontre originelle entre l’homme et la femme, dans laquelle il intègre des mots inscrits par les spectateurs sur de petits papiers. La surprise et la drôlerie sont au rendez-vous de ce stupéfiant exercice d’improvisation.

Assise à l’une des tables du restaurant du centre diocésain de pastorale de Clermont-Ferrand, aux allures de chaleureux cabaret en ce dimanche après-midi, Marie-Hélène Durand, infirmière à la retraite, est conquise. Mais elle ne peut réprimer un soupir en pensant à ses enfants. Jamais, ils n’assisteraient à l’une des représentations du Festival de théâtre biblique (1), organisé tous les deux ans depuis 2001 dans la capitale auvergnate. « Je suis sûre que cette manière de parler de la Bible, drôle, actuelle et enlevée, leur plairait mais dès qu’ils entendent le mot ‘‘catho’’, ils partent en courant. »

Antoine, son mari, ancien enseignant, acquiesce. Il a encore en mémoire le Francesco de Dario Fo, présenté la veille par le comédien Gilbert Ponté. Évident que ce portrait truculent de François d’Assise aurait touché leur fils, chercheur en économie et communiste revendiqué. « C’est une certaine idée du partage qui nous relie mais nos enfants ont des a priori sur la religion », regrettent les parents.

Rompre avec  l’image désuète des spectacles de patronage

Tout l’enjeu de ce festival unique en France – parce qu’uniquement centré sur les arts du théâtre – est de révéler l’universalité du message biblique à travers dix-huit spectacles, mêlant formes artistiques variées et approches esthétiques différentes. Avec le souci évident de ne pas transiger sur la qualité, histoire de rompre définitivement avec l’image de gentils spectacles de patronage…

Au fil des années et de leurs voyages à travers la France, en particulier au Festival « Off » d’Avignon, les organisateurs ont acquis une parfaite connaissance du milieu et de ses meilleurs représentants.

Fidèle du rendez-vous clermontois, Damien Ricour est représentatif de ces artistes estampillés chrétiens mais dont la démarche est authentiquement professionnelle. Cette année, il présente ses sketchs bibliques en prison et dans les collèges, où il fait un triomphe auprès des adolescents, tout en donnant au public clermontois la primeur de sa nouvelle création, encore en chantier, Le roi David.

Présenter la Bible, de manière attrayante et ludique

C’est lui qui a mis en contact l’équipe œcuménique du festival avec Pierre Grandry. Il y a deux ans, ce comédien au regard clair, fort de trente années d’expérience théâtrale, était venu avec Saint Paul. Le voici aujourd’hui avec Genèse qu’il donne avec son complice venu de l’univers du cirque et de la musique, Luc Aubard.

Le spectacle, original, raffiné et interprété avec brio par les deux artistes, aurait toute sa place dans le circuit du théâtre subventionné. Il serait tout aussi légitime qu’il puisse franchir les portails des lycées publics mais l’initiative relève manifestement de l’aventure impossible. Au titre de l’indispensable culture générale et de ses fondements chrétiens, les élèves du secondaire auraient tout intérêt à embarquer sur cette Arche de Noé, d’où sortent de précieux enseignements sur la naissance du monde selon les Écritures juives.

En ce qui concerne les établissements de l’enseignement catholique, l’équipe du Festival – neuf bénévoles toute l’année, 60 durant une huit jours – ne ménage pas ses efforts pour les sensibiliser à l’intérêt de faire connaître la Bible de manière attrayante et ludique. Certaines résistances illustrent la situation paradoxale d’une manifestation, parfaitement reconnue sur le plan national, mais qui doit sans cesse mettre du cœur à l’ouvrage pour mobiliser les partenaires et les spectateurs locaux. « L’apport des sponsors et des mécènes représente un quart de notre budget de 70 000 €. Nous parvenons toujours à l’équilibre grâce aux recettes de billetterie », se félicite cependant Guy Darmet, son président, en faisant remarquer que le festival ne coûte rien au diocèse.

Humour

Au-delà du soutien apporté dès le début par l’archevêque de Clermont, Mgr Hippolyte Simon, l’implication de l’Église est d’abord une affaire d’individualités. Si certains prêtres ne perçoivent pas spontanément l’aspect missionnaire de la démarche, d’autres, comme le curé d’Ambert, offrent bien plus que le cadre d’une église.

À une heure et demie de Clermont-Ferrand, le comédien Pierre Gandry est sûr de goûter dans cette ville, un accueil et un repas plantureux dont il se souviendra. « Nous commençons à être bien connus en dehors des frontières de Clermont », se réjouit Isabelle Grosjean, à l’origine du Festival et qui reste l’une des chevilles ouvrières. Elle définit le but premier de son énergie inépuisable : « ouvrir les gens à la Parole ».

Claude, psychologue à Clermont partage ce désir d’ouverture. « Ici, les spectacles sont extrêmement variés… J’aime bien l’Église quand elle ne se referme pas », dit-elle après avoir ri de bon cœur aux divagations bibliques de Chyc Polhit. L’artiste, membre de l’église protestante évangélique de Villers-les Nancy, se dit enchanté de l’invitation. « D’ordinaire, l’humour est difficile à manier dans le monde chrétien. Ici, on lui donne toute sa place. »

(1) Renseignements :

BRUNO BOUVET, à CLERMONT-FERRAND (Puy-de-Dôme)

Source: http://www.la-croix.com/Religion/Actualite/A-Clermont-Ferrand-la-Bible-se-met-en-scene-_NP_-2011-10-11-721816

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